Un avertissement aux sceptiques du climat
Le 04.02.2010 dans Actu
Depuis quelque temps, on sent monter une campagne de discrédit à l'égard des experts du réchauffement climatique. Dans les semaines qui avaient précédé le sommet de Copenhague de décembre dernier déjà, les pays les plus hostiles aux accords climatiques internationaux avaient vu s'exprimer des « sceptiques » tentant de dénigrer les travaux du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Depuis lors, et malgré les difficultés rencontrées à Copenhague, ce mouvement ne s'est pas interrompu. Il y a quelques jours encore, une campagne de presse internationale dénonçait les « cafouillages » du Giec. Face à ce mouvement d'opinions hostiles, qui a peu de chance d'aller en s'atténuant au cours des mois et années suivants, alors que nous devrons négocier l'après-Copenhague, la plus grande vigilance s'impose. Il ne s'agit évidemment pas d'interdire la discussion scientifique, qui doit par nature rester toujours ouverte, mais d'éviter les amalgames entre ce qui relève de précisions, d'argumentations, et de procès d'intention.
Il est vrai que le Giec a cité dans son Fourth Assessment Report de 2007 un chiffre erroné relatif à la fonte supposée des glaciers dans l'Himalaya. Le Giec a admis ouvertement l'erreur à l'issue d'une évaluation interne, et a adapté ses modes de fonctionnement internes afin d'éviter à l'avenir ce genre d'erreurs. Dès lors, les sceptiques du climat ne devront point - subséquemment aux négociations climatiques de Copenhague - continuer à en abuser.
L'esclandre qui s'en est suivi et qui fut nourri par les détracteurs d'un accord climatique global, doit être ramené à sa juste portée. Ce rapport scientifique volumineux de plus de 2.000 pages approuvé par toutes les parties du Traité du climat des Nations unies conclut en effet que le réchauffement actuel du climat est à imputer aux émissions de gaz à effet de serre résultant des activités humaines et que le réchauffement constaté est exceptionnel, tant par son ampleur que par la rapidité à laquelle il se produit.
Le rapport constatait également - entre autres - que la température moyenne à la surface de la Terre a déjà augmenté de 0,74ºC entre 1906 et 2005, que le niveau de la mer a augmenté de 1,8 mm/an en moyenne depuis 1961 et que les glaciers de montagne et la couverture neigeuse sont globalement en retrait (dans les deux hémisphères).
De plus, il prévoyait, au cours des deux prochaines décennies, un réchauffement de 0,2ºC par décennie, un réchauffement moyen mondial à l'horizon 2100 de 1,8ºC ; jusque 4º C, des effets très probables sur le nombre et l'intensité des vagues de chaleur, des tempêtes, des pluies intenses, etc., ainsi que toute une série d'effets secondaires tels que des inondations, des sécheresses, la répartition de maladies tropicales, etc.
Nous commettrions une erreur majeure en questionnant l'utilité et la valeur de ce rapport de 2007. Il constitue en effet un moment historique dans la lutte entre les « réalistes » et les « sceptiques ». Depuis la parution de ce rapport, le lien entre l'action humaine et le changement climatique est prouvé de manière irréfutable. Les arguments scientifiques à cet effet ne sont plus mis en cause. Et cela en soi vaut déjà bien un prix Nobel.
Malgré ces limites, l'accord de Copenhague s'inscrit directement dans ces conclusions scientifiques puisqu'il reconnaît la nécessité de limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2ºC, et qu'il engage à réévaluer cet objectif d'ici à 2015 à la lumière des progrès scientifiques escomptés d'ici là.
Il est, dès lors, essentiel que les autorités politiques réitèrent leur soutien et leur entière confiance dans le panel du Giec qui a, sous la direction du professeur Patchauri, approuvé ces rapports volumineux. Ce rapport est la base scientifique qui permet de défendre vigoureusement l'idée que les accords conclus à Copenhague doivent devenir contraignants pour l'ensemble des parties, et faire l'objet de vérifications multilatérales en toute transparence.
Le professeur Patchauri, dirigeant par ailleurs l'organisme de recherche « Teri » (The Energy and Resources Institute), organise d'ailleurs du 5 au 7 février à New Delhi la première réunion ministérielle informelle relative aux négociations climatiques mondiales, depuis le Sommet de Copenhague.
Le catastrophisme et le défaitisme ne mèneront nulle part. Les mauvaises polémiques remettront en cause un consensus scientifique fruit de débats nourris. Nous devons veiller à ce que ne soient affaiblis les fragiles éléments d'accords atteints à Copenhague, il faut continuer sur la voie du dialogue et de la négociation.
Le libre examen, la critique et même la réputation argumentée sont les ressorts indispensables de toute science. Les politiques n'ont pas à y interférer, mais il relève de leur responsabilité d'entendre les avertissements prononcés par une communauté scientifique unanime et de leur donner un prolongement dans l'action. Et de dénoncer les tentatives d'instrumentalisation politique de la science, dont l'histoire à hélas démontré qu'elles se produisent de manière récurrente, lorsque la science prend le risque de se heurter à de puissants intérêts organisés.
Carte blanche parue dans le journal "Le Soir" du 04 février 2010 http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/2010-02-04/un-avertissement-aux-sceptiques-du-climat-751877.shtml
Thèmes: Environnement, Climat



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